Apologie de Ségo

Défense et illustration des idées de Ségolène Royal

Ariane Mnouchkine pour Ségolène

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Ariane Mnouchkine qui nous a si souvent émus dans ses nombreuses créations au Théâtre du Soleil de la cartoucherie de Vincennes vient d’écrire dans le journal Libération un texte splendide et flamboyant sur Ségolène.

La plume d’Ariane Mnouchkine s’est faite éclair de lucidité et s’est mise au service d’une conscience aiguisée mais généreuse, tendre mais sans complaisance. Les propos de Mnouchkine ne laisseront pas de doute sur les raisons les plus fondamentales qui nous conduiront à voter Ségolène Royal.

À la lecture de ce ce petit chef d’œuvre apologétique, même les plus revêches devraient finir par se convertir, et qui sait si l’UMP y résistera. Réfléchir et réviser l’idée que ce trop grand parti, cette machine de pouvoir se forge de la politique de la responsabilité et de la morale, ce mot qu’on tend à répéter à l’envie, sans trop savoir vraiment ce qu’il signifie. À l’UMP on confond encore trop souvent respect et crainte, autorité et autoritarisme, maîtrise et mainmise… Il faut réformer, et pour cela il faut laisser… du temps au temps…

Réfléchir surtout à la liaison originale et étroite qu’Arianne Mnouchkine a relevée entre l’orgueil et la honte. Pour mériter de gouverner, il faut aussi pouvoir avoir honte de ses options, de ses excès de ses échecs.

Bien sûr il y a ceux que tenterait le vote François Bayrou. Mais que leur candidat lui-même, fin lecteur des classiques lise et relise ce texte: il vient lui offrir ainsi qu’à son parti une occasion unique de comprendre, et de “glisser” un peu plus vers sa gauche, là-bas, du côté du cœur, et d’entreprendre aujourd’hui un choix historique dont la France entière lui saura gré, en prenant le risque d’oser se positionner pour une femme, oui une femme de talent et d’exception. Que Ségolène Royal puisse lui être reconnaissante et demain se souvenir que c’est avec lui aussi, en partie grâce à lui qu’elle fut portée jusqu’à la victoire!

Merci Ariane d’avoir une fois encore délié le fil qui nous maintenait au fond du labyrinthe médiatico-politique, et d’avoir redonné tout l’élan vital dont avaient besoin nos espérances, pour faire triompher Ségolène au soir du 6 mai 2007.

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BHL votera Ségolène

Bernard Henri-Lévy a déclaré qu’il voterait Ségolène Royal. Bien qu’il ait considéré qu’il n’y avait “ni d’homme ni de femme providentiel(les)”, le philosophe juge que la candidate socialiste “est celle qui a les positions les plus raisonnables et qui semblent aller dans le meilleur sens”.

Lire le Compte-rendu du journal Le Monde en PDF

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“Sade, Bataille, Sarkozy, mêmes combats ?” (et Michel Onfray?)*.

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Suite à la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Michel Onfray publiée dans Philo Magazine n° 8 (cf. ci-dessous au 4 avril 2007), le philosophe donne deux longs articles commentant cette rencontre qui a eue lieu au ministère de l’intérieur [voir sur son blog (les 03 et 06 avril)].

Il faut dire qu’il y a matière à être sidéré – et quelque peu excédé – à la lecture du commentaire que livre Onfray sur son blog de sa rencontre avec le ministre de l’intérieur. Le ton est presque confidentiel, esthétisant au possible, et nous rappellerait presque un début de roman du XIXe: “L’horloge continuait à tuer le temps qui le sépare du résultat de la consultation nationale. La lumière devenait moins douce, plus pure, le jour se levait, la matinée s’entamait, il était neuf heures passées. Dans l’embrasure de la porte, il me confie le plaisir qu’il a eu à ces conversations.”

On se demande du reste qui du ministre ou du philosophe a été le plus sensible et a le plus sincèrement éprouvé de plaisir à ces entretiens. C’est que les enjeux ne sont guère proportionnels: même si Onfray n’a pas grand chose à y perdre, voire un peu à y gagner (un futur portefeuille à l’éducation nationale, ne serait-ce pas une belle revanche?), Sarkozy lui est au beau milieu de l’arène. Il vient d’entrer en campagne, et de plus maintenant il lit Jaurès, Blum etc. Il ne doit guère lui rester de temps à consacrer à autre chose qu’à la perspective de l’emporter. Donc s’il rencontre Onfray c’est bien que ça doit pouvoir servir à quelque chose. Si pour Onfray l’esthétique est de mise dans cet entretien (et c’est certainement un moment vertigineux de beauté que d’aller Place Beauvau, par de fraîches fin d’après-midi et matinée ensoleillées de février, s’entretenir avec le futur ex-ministre de l’intérieur et peut-être futur futur président de la République). Mais la réciproque ne doit pas être vraie : d’abord Sarkozy doit être un peu las, en tout cas guère dépaysé, il est chez lui après tout, le décorum il le connait, et ce ministère commence même à lui sortir par les yeux. Ensuite, hormis de faire parler de lui comme il se doit en campagne électorale, de se faire un petit coup de pub supplémentaire, que lui importe de discuter avec un philosophe dont les orientations et les choix politiques déclarés ne lui sont, comme chacun sait, guère favorables.

D’emblée une question en forme de consternation se pose: mais qu’allait donc faire Onfray dans cette galère?

Les réponses entendues du philosophe sont comme toujours à la mesure de son libertarisme qu’il ne cesse d’afficher de façon ostentatoire, lui qui depuis bien longtemps maintenant est suspecté d’être d’un convenu et d’un composé dégoulinant. Il était bien libre d’aller où il voulait, de répondre à l’appel lancé par Philo Mag de rencontrer un candidat à la présidentielle. Il aurait même été sans problème jusqu’à rencontrer Le Pen écrit-il. Bien sûr ça c’est la revendication officielle. Bref, autant de postures d’un personnages qui n’en peut plus de coquetterie et voue un culte à la “distinction”, que de pétition de principe moralisante d’un Nietzschéen du renoncement.

La réalité ne serait-elle pas tout autre, plus simple, surtout que Michel Onfray est accessoirement employé/actionnaire de Philo Mag, qu’il offre en se prêtant à ce jeu de rencontre et d’échange une occasion unique de faire d’une pierre trois coups (au moins):

  • Arrondir ses fins de mois (Mr Onfray ayant héroïquement renoncé à servir dans l’éducation nationale)
  • Contribuer à l’enrichissement de ceux qui lui trouvent de l’intérêt et du travail et à faire parler de lui sans rechigner à se faire de la pub grâce à Sarkozy (rappelons que Mr Onfray soutient Besancenot!), et si l’on veut y croire, en toute discrétion!
  • Mais plus grave, à créditer SArkozy d’une image d’homme ouvert, curieux, compétent etc., dont c’est bien connu, la télé, les radios, la presse écrite quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, bi, tri, annuelle, et bientôt multi-séculaire ne parlent vraiment pas assez. Bref à combler le déficit d’image, notamment intellectuelle, du ministre sortant (de l’intérieur).

Michel Onfray dans le récit qu’il en donne sur son blog théâtralise la rencontre, juste de quoi l’ajuster à la mesure de l’événement: l’entrevue a eue lieu au ministère, et s’est déroulée en deux temps (acte 1 et 2, mais sera-ce du Racine ou du Feydeau? – remarquons en passant qu’à certaines grandes occasions, Michel Onfray n’est plus provincial et qu’il pousse jusqu’à la place Beauvau, qui rappelons le fait face à l’Élysée).

Les ors et décors, le petit déjeuner de l’acte 2, l’ambiance “balzacienne” comme il la décrit lui-même non sans en éprouver une intense jubilation, ou encore le parfum d’impérialisme décadent romain ["Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron…" (acte 1); "Je suis dans le bureau du Ministre de l’Intérieur… Le Ministre, le pouvoir, l’ingratitude" (acte 2)].

Bref, un triomphe pour Onfray/Néron, qui se veut le stoïcien de service de Sarko/Rastignac. Le contenu mérite d’être découvert en direct, c’est si intense et philosophiquement si profond. On apprend en effet que: “Grand moment de transe chamanique dans le bureau d’un Ministre de l’intérieur aspirant aux fonctions suprêmes de la République ! Odeurs de sang et de remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la terre battue jonchées d’immondices après une cérémonie vaudoue…” (acte 1).

Il est vrai que le gros de l’argumentaire de cette rencontre va tourner autour de la liberté, du choix, de la culpabilité et de la faute: en soi les thèmes seraient importants, si ce n’était qu’ils sont traités en trois temps: Sarkozy se fait de ces questions éthiques ainsi que de celle du mal une idée typiquement de droite, manichéenne et naturaliste. Onfray lui a une représentation typiquement de gauche: plurielle, complexe et déterministe. Au final Onfray va convertir Sarkozy, parce qu’il va le comprendre, et même finir par le prendre en pitié! Michel Onfray a donc vraiment cessé d’être Nietzschéen: en effet il écrira finalement: “j’ai de la compassion pour cet individu qui voudrait tellement être aimé et, maladroit, se fait tant détester ; j’ai de la compassion pour cet homme blessé qui croit pouvoir panser ses plaies avec les fétiches de la puissance ; j’ai de la compassion pour cet homme fragile qui sur joue tellement la force ; j’ai de la compassion pour cet homme qui n’échappera pas à lui-même : qu’il soit un jour Président de la République, ou qu’il ne le soit pas.”

Métamorphosé cette fois en un nouveau Socrate en visite place Beauvau, Michel Onfray serait parvenu à regarder dans le fond des yeux l’insondable de Nicolas Sarkozy, et à découvrir ce “dont l’homme politique reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque politique pour devenir enfin un homme” (acte 1).

Il faut reconnaitre à l’entretien un mérite tout entier condensé dans un passage sur la transgression: à l’inverse d’Onfray qui n’aimerait que quelques rares principes, quelques règles peu nombreuses mais simples et du coup faciles à respecter, Sarkozy lui aimerait des lois nombreuses et élaborées pour qu’elles puissent être transgressées! Si le propos restitué est authentique, Sarkozy n’est plus celui qu’on croit, c’est-à-dire celui que plus de la moitié de la population votante en France s’apprête peut-être à élire. En effet, si les propos rapportés par Onfray sont authentiques, lorsque Sarkozy élabore et promulgue une loi, il sait que c’est tôt ou tard pour qu’elle soit transgressée. Et il sait que plus il produit des lois dures, plus il engendre des désirs de transgressions proportionnés. Or Sarkozy ne cesse, notamment comme ministre de l’intérieur, de multiplier les lois et propositions de lois sévères (par exemple il vient de parler d’un ministère de l’identité nationale, en parallèle à un ministère de l’immigration). Dès lors toutes la législation façon Sarkozy serait en réalité et en profondeur un appel subliminal permanent lancé à la population pour qu’elle se rebelle et se révolte, pour qu’elle transgresse. En effet, le faiseur de lois, le donneur de leçons ne trouve sa raison d’être que dans et face aux transgressions de la loi qu’il a instaurées, que face aux exactions, aux incivilités, aux violences. Il puise son énergie en même temps que ses alliances dans l’esprit de révolte et dans l’immoralité. C’est pourquoi il a intérêt à faire des lois très dures, qui font tomber à peu près toute liberté du côté de l’illégalité (c’est la surenchère fasciste habituelle). En fait ce type de régime, dont procède ce qui n’est encore que la méthode Sarkozy à l’intérieur, mais qui pourrait devenir la réalité présidentielle Sarkozyste pour de nombreuses années, ne s’appuie pas le moins du monde sur la liberté, mais bien plutôt sur une de ses ombres les plus perverses, un faux semblant dangereux, et qui a pour nom “la licence”. En effet, la liberté est du côté du droit, elle est légitime, éthique, humaniste, et telle quelle il serait contradictoire qu’elle soit accusée et sanctionnée. C’est-à-dire qu’ un régime autoritaire et policier ne peut rien faire contre une telle liberté. Par conséquent un tel régime pour se développer ne peut que craindre une telle liberté. La tentation pour de tels régimes, ce sera alors d’éradiquer toute liberté, de l’interdire radicalement et violemment au besoin. Mais alors le danger pour ce type de régime, c’est la rébellion massive, la révolution qui va renverser l’autorité. C’est pourquoi les régimes les plus sophistiqués du point de vue de la tyrannie vont être mixtes: mélange d’autorité et de licence, l’une entrainant l’autre, et vice versa. Comme le veut Sarkozy, on surdétermine et on intensifie à un tel point l’interdit qu’il devient tel quel intenable. Du coup le désir de transgression éclot, gagne et s’intensifie au point de finir par éclater spectaculairement si possible (c’est pour cela qu’il est bon d’avoir les médias, particulièrement la télé, les images derrière ou avec soi). On trouve alors un nouveau prétexte, une nouvelle “bonne” (en réalité on le comprend bien très “mauvaise”) raison de renforcer encore l’interdit etc. Nous pensons que ce sont là certains des aspects des cercles vicieux que Mme Royal veut briser. En matière sécuritaire, il faut sortir d’une logique de la mauvaise loi (nulle en matière préventive, explicative, persuasive), ou la loi inadéquate, mal orientée, et qui suscite le désir de la transgression et non pas celui de l’obéissance et du respect. Sans cela, nous nous acheminerons vers une escalade à la loi toute répressive, qui continuera toujours à faire naître de nouvelles aspirations à transgresser etc.

Au final, nous constatons non sans surprise qu’en dehors des préciosités du texte de Michel Onfray, et de ses complaisances narcissiques auxquelles nous sommes malheureusement habitués maintenant, ces entretiens nous auront donné deux motifs majeurs de réjouissance:

  1. Ils ont contribué (on le sait par les échos dans la presse, cf. notamment Le Monde et Libération, mais aussi Le Figaro de la période des 06 au 10 avril 2007 environ) à poser le problème de l’ancrage idéologique de Sarkozy, sur ses conceptions naturalistes, pouvant virer à l’eugénisme sur la violence, la délinquance, la pédophilie etc..
  2. Ils ont aussi permis d’enclencher la réflexion suggérée ci-dessus, autour des thèmes de la conception philosophique que l’ex-ministre de l’intérieur et actuel candidat se fait en profondeur de la loi.

En dépit de nos réserves sur le style Onfray, qui comporte non seulement la manière de toujours parler ostensiblement de soi (moyen en quoi Onfray a aussi perdu de vue Montaigne), mais aussi les orientations cachées des procédés d’écriture, de restitution et de publication des propos, nous tenons quand même à remercier le philosophe d’avoir “occasionné” même à son insu, une clarification sur le dangereux “cas” Sarko.

* Michel Onfray dans l’acte 2 (6 avril 2007) des textes mis en ligne sur son blog écrivait ceci: “Ceux-là communient en Georges Bataille qui fut, ontologiquement, le paradoxal défenseur de l’ordre répressif afin de pouvoir le transgresser, puis de jouir de cette transgression. Sade, Bataille, Sarkozy, mêmes combats ?”.

Les intellectuels et la présidentielle

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Dans un dossier dense de 7 pages publié par Le monde, loin des surexpositions médiatiques, souvent synonymes de prise de parti et de ralliement politique, une série d’intellectuels d’horizon divers jettent un regard critique sur les élections présidenteilles de 2007.

debats-intellectuels-et-presidentielle.pdf

Etienne Balibar soutient Ségolène Royal

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Le philosophe Etienne Balibar, professeur émérite à l’université de Paris X Nanterre, intellectuel phare du marxisme, héritier de Louis Althusser, militant d’une gauche vraiement à gauche, publie un article dans Libération où il annonce que malgré certaines réserves qu’on peut éprouver vis à vis de Ségolène Royal, il faut voter pour elle, dès le premier tour pour “faire échec à la droite”.

L’article en PDF: http___wwwliberationfr_actualite_politiques_elections2007_245.pdf

Onfray/Sarkozy dans Philomag : dialogue, duel ou duo?

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Le huitième numéro de Philomag publie un dialogue entre Michel Onfray et Nicolas Sarkozy. Il y est question du déterminisme, de la liberté, de la croyance, de la liberté, de la République etc., tous exercices dans lesquels on n’est guère habitué à voir évoluer l’ex-ministre de l’intérieur, et pour cause: il est candidat à la présidence de la République, en pleine campagne. Avant d’en donner tout prochainement quelques éléments d’analyse, nous préférons vous en offrir ne serait-ce qu’un bref aperçu. Un passage du texte est en effet disponible en ligne à la page suivante du site du Philomag.

Vous pouvez aussi écouter une sélection d’extraits de ces entretiens via la page d’accueil, et le player disponible sur la droite.

    Bonne lecture et bonne écoute en attendant de nous lire dans les prochains jours…

L’écrivain Marie Darrieusseck : pour elle c’est Ségo !

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Dans un article publié dans Libération du 5 mars 2007, Marie Darrieusseck explique les raisons majeures qui la conduisent aujourd’hui à voter Ségolène Royal. L’auteure passe au crible de sa plume rapide et incisive quelques raisons, mais martèle que dans toutes, un leit motiv est inscrit en filigrane : sa féminité, osons même l’écrire, sa “féminitude”.

Il faut du courage en effet pour bousculer les us et coutumes françaises, où la règle qui prévaut toujours reste celle de la “domination masculine” (un bel ouvrage de Bourdieu à relire ces temps ci, même si malheureusement certains ont cru bon d’exhumer de façon intempestive une interview du maître sociologue qui ne faisait pas précisément l’apologie politique de Ségolène… et pourtant il est fort à parier que s’il était encore vivant, Bourdieu voterait de toutes façons à gauche, et au besoin Ségolène au 2e tour!).

Le vieil ordre selon lequel il faudrait en avoir, qu’une seule tête bien faite ne suffirait pas, le Duas habet comme le rappelle l’écrivain, discrimine ainsi d’office toutes prétentions des femmes à être prises au sérieux. C’est qu’on ne craint pas le ridicule dans notre belle France, et l’on a pas honte d’avoir attendu si tard, ne serait-ce que pour imaginer et exprimer le désir de voir une femme briguer le commandement suprême, et d’être placée démocratiquement à la tête de la Nation.

Heureusement que nous avons eu Jeanne d’Arc, dont aime du reste à s’inspirer notre candidate, car s’il avait fallu attendre le bon vouloir, les “bonnes grâces” de ces messieurs accrochés au pouvoir, ou en passe de le devenir, qui donc nous aurait donné une Christine de Suède, une Indira Gandhi, une Golda Meir? Et plus près de nos lettres ou de notre politique française, qui nous aurait donné une Simone de Beauvoir, une Marguerite Duras, une Françoise Giroud, et même malgré son ralliement, certes en soi respectable mais selon nous fourvoyé à Nicolas Sarkozy, qui donc nous aurait parmi ces hommes qui faisaient tout pour la faire renoncer en la poussant quasiment aux larmes tandis qu’elle les affrontait à la tribune pour faire adopter sa loi sur l’IVG, qui donc parmi ces hommes nous aurait donné Simone Veil?

Et l’on voudrait aujourd’hui que Ségolène Royal attende le bon vouloir de ces hommes habitués à confisquer le pouvoir! Soyons un peu sérieux, et surtout honnêtes! Toutes ces femmes exceptionnelles ont du faire preuve de qualités hors du commun, et s’imposer contre vents et marées machistes, phallo-cratiques et centriques. Ça ne peut plus, ça ne doit plus durer.

C’est bien pour cela que l’angle d’attaque d’emblée choisi par les principaux détracteurs de Ségolène Royal n’a pas été choisi au hasard : celui des compétences. Comme si celle qui fut remarquée par Jacques Attali et choisie comme conseillère par François Mitterand, celle qui est énarque, quatre fois ministre “Elle”, devait encore prouver qu’elle en a (des compétences), là où pas une seule fois, dès lors que des hommes entrent en lice (et sur la douzaine de candidats qu’il y aura dans cette élection présidentielle, ils sont encore l’écrasante majorité) on ne songe évidemment pas à venir les mettre en cause sur ce thème. A-t-on insisté sur les compétences de Sarkozy? Oui, mais en les présupposant et en les opposant de façon caricaturale à Ségolène. Mais au fait de quels critères objectifs et mesurable s’est-on servi pour ressasser cette affirmation manichéenne? Et des compétences de Bayrou, qui en a parlé? De celles de Bové, de Besancenot, de Villiers?

Bon, d’accord me direz vous, mais qui a parlé des compétences des autres femmes engagées dans cette course élyséenne, de Voynet, de Buffet, d’Arlette? Vous ajouterz que c’est donc bien du cas Royal en particulier qu’il est question.

Non, non et trois fois non! Car si on n’a pas essayé d’épingler les autres candidates sur cette question des compétences, c’est pour de toutes autres raisons que celles qui ont permis d’épargner les hommes et qui ont suraccentué la charge contre Ségolène. Ces femmes n’ont pas été épargnées parce qu’elles auraient été susceptibles “elles” d’être compétentes, mais parce qu’elles n’ont jamais été susceptibles “elles” (particulièrement aux yeux des hommes, mais aussi des femmes qui n’auraient eues aucun intérêt immédiat à ce que Ségolène soit élue) d’emporter effectivement cette élection.

Si Ségolène a pu être mensongèrement taxée sans relâche d’incompétence, c’est premièrement parce qu’une stratégie a été adoptée pour la décrédibiliser (stratégie du reste empruntée en bonne part à certaines composantes et personnes au sein même du PS, qui elles aussi avaient eues intérêt à la faire passer pour une gourde). Deuxièmement parce que Ségolène était une femme, et pas n’importe laquelle : une femme dangereuse, puisque en effet menaçante par sa combativité et ses compétences de l’emporter. De telle sorte qu’une autre ritournelle a été relayée (un peu moins il est vrai que la précédente, mais tout de même il y a eu des tentatives répétées), celle de la soi-disant “méchanceté”, de Ségolène, de sa “dureté”, de sa “violence” ( lors du voyage au Liban, voir l’affaire du refus de saluer Françoise de Pannafieu).

Il serait au final éloquent de pouvoir citer quasiment tout l’article. Contentons nous pour conclure de dire pourquoi comme Marie Darrieusseck nous votons Ségolène Royal? Parce qu’elle est la seule candidate qui aujourd’hui peut gagner l’élection et ouvrir sur des possibilités jusqu’alors inouïes : celles de voir nos enfants, filles ou garçons, se sentir libre de choisir et de réaliser à égalité et sans complexe leurs propres ambitions, de se sentir effectivement libres et égaux en droits de vouloir devenir, si telle est leur aspiration, ministre ou pourquoi pas présidente, et si tel n’est pas le cas, de pouvoir n’en éprouver aucun ressentiment ni aucune honte.

Les Apologues de Ségolène

Lire le texte en PDF:

pourquoi-je-vote-segolene-royal-darrieuseck.pdf

André Glucksmann choisit Sarkozy… Pour nous c’est elle !

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André Glucksmann a publié un article dans le Monde daté du 30/01/2007. Il s’éreinte dans son papier à inonder la gauche de reproches d’immobilisme et à la critiquer pour ses archaïsmes. A mots même pas vraiment couverts, il accuse (comme il en est devenu depuis pas mal d’années maintenant si coutumier), tout particulièrement la gauche dont Ségolène Royal porterait aujourd’hui les valeurs et les espérances, et tente de justifier par là son ralliement à L’UMP de Nicolas Sarkozy. Imitant celui qui est devenu pour cette présidentielle son « champion », il déclare bien sûr (comme le candidat Sarkozy en quête de respectabilité ne cesse de le faire) qu’il « respecte » Mme Royal…, mais au moment même où il le fait, il lui témoigne un drôle de mépris d’intellectuel : « Pas question d’incriminer une candidate que je respecte – même si je n’avale pas sa justice chinoise élevée en modèle de célérité ». Passons sur ce travers d’ex- normalien évidemment, toujours en devoir de se croire obligé de marquer des points (poings) en donnant de la pique et du ridicule sous forme de leçon de morale. L’ex-maoïste il est vrai en matière de révolution culturelle et de justice expéditive à la chinoise sait bien de quoi il parle… Mais passons à présent au fond de son propos et lisons d’abord cet article et voyons la teneur de ses arguments, afin d’essayer de comprendre les raisons et les visées de ce philosophe qui fut en son temps, aux côtés de nombreux intellectuels comme Sartre, Foucault etc. un authentique intellectuel.

L’article du Monde en PDF:
glucksmann-choisis-sarkozy.pdf

Analyse

André Glucksmann part d’un double postulat: les français sont réactifs (“partout perce le rejet”), et ils sont futuristes, pressés de changer ce monde vieilli pour ne pas dire moribond (“d’une France figée en musée-hôpital et livrée aux infections nosocomiales”).
Ce point de départ supposé est totalement arbitraire: qu’est-ce qui différencierait essentiellement les français, et leur attribuerait une telle singularité historique? Pourquoi ne seraient-ils pas comme chacun des puissances désirantes et actives, des affirmations d’un désir pluriel et porteur de projets? André Glucksmann se revendique moderne, et c’est certainement le premier point qui le conduit vers Nicolas Sarkozy. Tous deux laisse-t-il entendre dans son article, savent mieux que quiconque ce que sont devenus les Français, et mieux qu’eux mêmes ce que veulent ces même français: la rupture. Et bien sûr cette rupture, c’est celle que Mr Sarkozy propose, incarnation vivante de la tolérance, de la saine énergie, de la justice, de la droiture…

Mais revenons sur le premier des termes du rejet, tel que le nomme André Glucksmann: il s’agit d’une comparaison de la France à un “musée-hôpital”. L’expression n’est pour le moins pas neutre, et porte d’emblée une idée censément forte, et en tout cas chère à la droite: la France est vieille au sens où la vieillesse c’est la proximité d’avec ce qui passe, ce qui tombe dans le passé et s’apprête à mourir (l’hôpital), dont au mieux on n’aura qu’à sauvegarder la mémoire (le musée). André Glucksmann aime la santé, André Glucksmann n’aime pas les musées. Mais qu’il nous dise donc un peu ce qu’il aime en particulier chez Nicolas Sarkozy. Son récent changement, sa doctrine pseudo sécuritaire, qui en même temps qu’elle dénonce les violences attise par ses provocations répétées le désarroi de toute une frange de la population Française délaissée depuis des décennies, qui vit dans des zones urbanistiques démoralisantes, architecturalement dévastées, économiquement moribondes. La participation de Mr Sarkozy aux deux gouvernements de la droite n’a cessé d’attiser la violence par les mots provocateurs de Karcher, de racailles et des rodomontades policières.

Par ailleurs, André Glucksmann se paye de mots: les siens pour commencer, dont il use et abuse “à vide”. Quel sens y a-t-il à citer de Gaulle à propos de l’hiver 54, puisque cette déclaration du général le ridiculisait déjà en son temps: il y sur réagissait au fait que l’abbé Pierre avait élevé la voix et que cette voix n’avait été entendue que parce qu’il y avait le froid (“sans le froid pas d’abé Pierre”). Et de Gaulle de récupérer l’abbé Pierre, en se présentant comme celui qui, quand à nouveau la France aura froid, tel l’abbé Pierre sera là pour la sauver. Notons au passage le ridicule à ce que Glucksmann compare la soi-disant réaction du gouvernement actuel à la situation de 54! et Mr Sarkozy à la fois en de Gaulle (que reste-t-il de gaulliste chez Sarkozy), et en abbé Pierre! Sans doute le gouvernement actuel, dont Mr Sarkozy est encore à ce jour ministre de l’intérieur, laissera-t-il d’impérissables traces de son passage en matière d’action sociale pour les SDF, sans abris, sans papiers etc. Non vraiment Mr Glucksmann, depuis quand les intellectuels (et de savoir q’ils sont de gauche ou de droite, nous le demanderons ultérieurement à Alain Finkielkraut) s’alignent-ils sur la position de leur ministre de l’intérieur, en charge de la police et des élections. Depuis Hugo sans doute que vous aimez à citer, depuis Jaurès également, depuis Guy Mocquet (au fait qui était le ministre de l’intérieur lorsque ce jeune homme fut assassiné). Comment se poser comme rempart théorique contre la tyrannie, les totalitarismes, et se prétendre être attaché à la défense de la démocratie quand on appelle à voter pour le ministre et candidat d’une des plus dures formations de droite que la France n’ait connue, il faut le dire, et sans honte, depuis Vichy? Et surtout comment pourrons nous penser, nous autres orphelins de la pensée de gauche rénovée, qu’ il y ait le moindre sens à parler désormais d’intellectuels de droite, quand on voit leur désaffection et leur désamour de l’immense partie de la population en souffrance, et à attendre quelque changement de leur posture idéologique et politique. Quelle mouche à donc piqué André Glucksmann pour se dévoyer ainsi auprès d’une formation arrogante et agressive, dont toute l’ambition n’a d’égale que son arrivisme et son affairisme!

S’il en était besoin, rappelons ce que Glucksmann semble prendre pour un débat qui aurait eu lieu à droite: “Le débat Sarkozy-Villepin, plus qu’une querelle d’ego, illustre l’affrontement de deux visions de la France et du monde”. Enfin Mr Glucksmann, un peu de lucidité et de courage pour penser, puisque vous invoquez ces vertus pour affronter l’échéance présidentielle qui se prépare (“Une France lucide a de nouveau « froid », moment gaullien où il convient d’oser penser”). Le débat dont vous faites mention au sein de l’UMP et du gouvernement c’est la lutte de deux clans, de deux approches du pouvoir aussi radicales l’une que l’autre dans leurs composantes ultimes. Une vision élitiste partagée, étatiste dans un cas, très libérale dans l’autre. Mais rappelez donc à vos lecteurs que s’ils veulent un exemple de ce débat, c’est du côté des projets économiques, de la privatisation de GDF, du groupe EADS et des coups bas entre les deux hommes qu’il doivent aller chercher.

Mais ce n’est pas tout. Mr Glucksmann se paye même des mots des autres, de la plupart de ceux qu’il cite ou compare à Sarkozy encore une fois, et qui serait “le seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de cette France du coeur”. Ainsi apprend-on d’André Glucksmann que Sarkozy c’est comme Hugo, Jaurès, Montaigne, les ”French Doctors”… Glucksmann cite alors un extrait du discours de Sarkozy le 14 janvier: “Je ne veux être complice d’aucune dictature” a déclaré le président de l’UMP à 80 000 auditeurs (on dit maintenant plutôt autour de 20 000), certainement médusés d’entendre “leur” candidat se déclarer aussi être à présent celui de tous les français et de la France, y compris de tous ceux qu’ils avaient commencé à mettre dans la rue par la politique que leur composante politique avait engagée avec Raffarin, et qui grâce à François Fillon et sa réforme des retraites, grâce au même et à Luc Ferry et à sa tentative de réforme du bac, grâce à la politique menée en matière culturelle qui poussait les intermittents du spectacle dans leurs derniers retranchements, à camper des semaines durant dans la rue, à faire peser des menaces d’annulation, et à les mettre à exécution dans différents festivals dont celui d’Avignon, à faire lever des millions de français pour descendre manifester contre le CPE… Et encore, si ce n’était que cela ; mais nous allions oublier le plus grave, avec l’exercice du ministre d’État Mr Sarkozy, qui par ses provocations récurrentes mettait quasiment à feu et à sang les banlieues françaises, et contribuait à faire parer dans le monde entier de notre pays comme on avait parlé des émeutes de Los Angeles etc.

Le problème que semble continuer à ignorer Mr Glucksmann, c’est que son petit air de chantre de la liberté et de la démocratie, personne sauf se s conseillers, ou les aveugles n’en est dupe. Il a beau dire ce qu’il veut sur la dictature, pour une très large majorité de français, rien ne garantit que sa parole ne soit pas un mensonge. Compte tenu de tout son passé, de ses positionnements répétés, de la manière dont cet ambitieux a construit sa stature politique, des trahisons répétées qu’il a commises, des politicards truands qu’il a adoubé (Carignon, Balkany, Schuller…), rien ne garantit disions nous qu’il ne se rende complice – et pour cause – de sa propre dictature.
Il est urgent de dénoncer cette politique d’autruche qu’ont fini par adopter ces quelques ex-penseurs amers de la gauche, qui aujourd’hui n’en font plus partie (et c’est tant mieux), parce qu’ils n’ont pas réussi à y occuper la place qu’ils convoitaient, parce qu’ils l’ont trahie et qu’elle n’en a pas été dupe. Cette politique consiste à dénier que plus de la moitié des français ont percé à jour le pseudo-démocratisme Sarkozien, et hormis dans les sondages, dont chacun sait aujourd’hui le caractère autant volatil que manipulé, monsieur Sarkozy n’est pas populaire (populiste à coup sûr sûr).

Du même coup, une large majorité de français devrait logiquement s’apprêter à le rejeter, devinant qu’aussitôt élu, il bafouerait les règles fondamentales de la démocratie, qu’il instaurerait son régime inquisiteur comme il a bétonné son empire UMpien, et tenté d’imposer déjà l’état policier en France depuis 2002. Après tout, cette position est connue, et rien ne sert de la répéter. Moins connu en revanche le fait que Mr Glucksmann l’ignore (ou fasse mine de…), et notamment pour ne pas voir quelle utilisation mensongère et quel “CULOT” a monsieur Sarkozy quand il brandit des arguments selon lesquels il serait aujourd’hui le meilleur représentant du monde du travail et des injustices sociales. Combien y a-t-il de logements sociaux à Neuilly? Combien de smicards à l’UMP, comparativement aux patrons, y compris à ceux des grandes d’entreprises cotées au CAC 40?

Mr Glucksmann, que vous a-t-on promis et fait miroiter pour que vous puissiez vous égarer à ce point, et déclariez “je choisis Nicolas Sarkozy”. Chez ces gens là Mr, on ne choisit pas, on sert! Revenez sur votre déclaration et redevenez l’homme libre que vous étiez et que nous aimions.

Les apologues de Ségolène Royal.