Apologie de Ségo

Défense et illustration des idées de Ségolène Royal

André Glucksmann choisit Sarkozy… Pour nous c’est elle !

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André Glucksmann a publié un article dans le Monde daté du 30/01/2007. Il s’éreinte dans son papier à inonder la gauche de reproches d’immobilisme et à la critiquer pour ses archaïsmes. A mots même pas vraiment couverts, il accuse (comme il en est devenu depuis pas mal d’années maintenant si coutumier), tout particulièrement la gauche dont Ségolène Royal porterait aujourd’hui les valeurs et les espérances, et tente de justifier par là son ralliement à L’UMP de Nicolas Sarkozy. Imitant celui qui est devenu pour cette présidentielle son « champion », il déclare bien sûr (comme le candidat Sarkozy en quête de respectabilité ne cesse de le faire) qu’il « respecte » Mme Royal…, mais au moment même où il le fait, il lui témoigne un drôle de mépris d’intellectuel : « Pas question d’incriminer une candidate que je respecte – même si je n’avale pas sa justice chinoise élevée en modèle de célérité ». Passons sur ce travers d’ex- normalien évidemment, toujours en devoir de se croire obligé de marquer des points (poings) en donnant de la pique et du ridicule sous forme de leçon de morale. L’ex-maoïste il est vrai en matière de révolution culturelle et de justice expéditive à la chinoise sait bien de quoi il parle… Mais passons à présent au fond de son propos et lisons d’abord cet article et voyons la teneur de ses arguments, afin d’essayer de comprendre les raisons et les visées de ce philosophe qui fut en son temps, aux côtés de nombreux intellectuels comme Sartre, Foucault etc. un authentique intellectuel.

L’article du Monde en PDF:
glucksmann-choisis-sarkozy.pdf

Analyse

André Glucksmann part d’un double postulat: les français sont réactifs (“partout perce le rejet”), et ils sont futuristes, pressés de changer ce monde vieilli pour ne pas dire moribond (“d’une France figée en musée-hôpital et livrée aux infections nosocomiales”).
Ce point de départ supposé est totalement arbitraire: qu’est-ce qui différencierait essentiellement les français, et leur attribuerait une telle singularité historique? Pourquoi ne seraient-ils pas comme chacun des puissances désirantes et actives, des affirmations d’un désir pluriel et porteur de projets? André Glucksmann se revendique moderne, et c’est certainement le premier point qui le conduit vers Nicolas Sarkozy. Tous deux laisse-t-il entendre dans son article, savent mieux que quiconque ce que sont devenus les Français, et mieux qu’eux mêmes ce que veulent ces même français: la rupture. Et bien sûr cette rupture, c’est celle que Mr Sarkozy propose, incarnation vivante de la tolérance, de la saine énergie, de la justice, de la droiture…

Mais revenons sur le premier des termes du rejet, tel que le nomme André Glucksmann: il s’agit d’une comparaison de la France à un “musée-hôpital”. L’expression n’est pour le moins pas neutre, et porte d’emblée une idée censément forte, et en tout cas chère à la droite: la France est vieille au sens où la vieillesse c’est la proximité d’avec ce qui passe, ce qui tombe dans le passé et s’apprête à mourir (l’hôpital), dont au mieux on n’aura qu’à sauvegarder la mémoire (le musée). André Glucksmann aime la santé, André Glucksmann n’aime pas les musées. Mais qu’il nous dise donc un peu ce qu’il aime en particulier chez Nicolas Sarkozy. Son récent changement, sa doctrine pseudo sécuritaire, qui en même temps qu’elle dénonce les violences attise par ses provocations répétées le désarroi de toute une frange de la population Française délaissée depuis des décennies, qui vit dans des zones urbanistiques démoralisantes, architecturalement dévastées, économiquement moribondes. La participation de Mr Sarkozy aux deux gouvernements de la droite n’a cessé d’attiser la violence par les mots provocateurs de Karcher, de racailles et des rodomontades policières.

Par ailleurs, André Glucksmann se paye de mots: les siens pour commencer, dont il use et abuse “à vide”. Quel sens y a-t-il à citer de Gaulle à propos de l’hiver 54, puisque cette déclaration du général le ridiculisait déjà en son temps: il y sur réagissait au fait que l’abbé Pierre avait élevé la voix et que cette voix n’avait été entendue que parce qu’il y avait le froid (“sans le froid pas d’abé Pierre”). Et de Gaulle de récupérer l’abbé Pierre, en se présentant comme celui qui, quand à nouveau la France aura froid, tel l’abbé Pierre sera là pour la sauver. Notons au passage le ridicule à ce que Glucksmann compare la soi-disant réaction du gouvernement actuel à la situation de 54! et Mr Sarkozy à la fois en de Gaulle (que reste-t-il de gaulliste chez Sarkozy), et en abbé Pierre! Sans doute le gouvernement actuel, dont Mr Sarkozy est encore à ce jour ministre de l’intérieur, laissera-t-il d’impérissables traces de son passage en matière d’action sociale pour les SDF, sans abris, sans papiers etc. Non vraiment Mr Glucksmann, depuis quand les intellectuels (et de savoir q’ils sont de gauche ou de droite, nous le demanderons ultérieurement à Alain Finkielkraut) s’alignent-ils sur la position de leur ministre de l’intérieur, en charge de la police et des élections. Depuis Hugo sans doute que vous aimez à citer, depuis Jaurès également, depuis Guy Mocquet (au fait qui était le ministre de l’intérieur lorsque ce jeune homme fut assassiné). Comment se poser comme rempart théorique contre la tyrannie, les totalitarismes, et se prétendre être attaché à la défense de la démocratie quand on appelle à voter pour le ministre et candidat d’une des plus dures formations de droite que la France n’ait connue, il faut le dire, et sans honte, depuis Vichy? Et surtout comment pourrons nous penser, nous autres orphelins de la pensée de gauche rénovée, qu’ il y ait le moindre sens à parler désormais d’intellectuels de droite, quand on voit leur désaffection et leur désamour de l’immense partie de la population en souffrance, et à attendre quelque changement de leur posture idéologique et politique. Quelle mouche à donc piqué André Glucksmann pour se dévoyer ainsi auprès d’une formation arrogante et agressive, dont toute l’ambition n’a d’égale que son arrivisme et son affairisme!

S’il en était besoin, rappelons ce que Glucksmann semble prendre pour un débat qui aurait eu lieu à droite: “Le débat Sarkozy-Villepin, plus qu’une querelle d’ego, illustre l’affrontement de deux visions de la France et du monde”. Enfin Mr Glucksmann, un peu de lucidité et de courage pour penser, puisque vous invoquez ces vertus pour affronter l’échéance présidentielle qui se prépare (“Une France lucide a de nouveau « froid », moment gaullien où il convient d’oser penser”). Le débat dont vous faites mention au sein de l’UMP et du gouvernement c’est la lutte de deux clans, de deux approches du pouvoir aussi radicales l’une que l’autre dans leurs composantes ultimes. Une vision élitiste partagée, étatiste dans un cas, très libérale dans l’autre. Mais rappelez donc à vos lecteurs que s’ils veulent un exemple de ce débat, c’est du côté des projets économiques, de la privatisation de GDF, du groupe EADS et des coups bas entre les deux hommes qu’il doivent aller chercher.

Mais ce n’est pas tout. Mr Glucksmann se paye même des mots des autres, de la plupart de ceux qu’il cite ou compare à Sarkozy encore une fois, et qui serait “le seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de cette France du coeur”. Ainsi apprend-on d’André Glucksmann que Sarkozy c’est comme Hugo, Jaurès, Montaigne, les ”French Doctors”… Glucksmann cite alors un extrait du discours de Sarkozy le 14 janvier: “Je ne veux être complice d’aucune dictature” a déclaré le président de l’UMP à 80 000 auditeurs (on dit maintenant plutôt autour de 20 000), certainement médusés d’entendre “leur” candidat se déclarer aussi être à présent celui de tous les français et de la France, y compris de tous ceux qu’ils avaient commencé à mettre dans la rue par la politique que leur composante politique avait engagée avec Raffarin, et qui grâce à François Fillon et sa réforme des retraites, grâce au même et à Luc Ferry et à sa tentative de réforme du bac, grâce à la politique menée en matière culturelle qui poussait les intermittents du spectacle dans leurs derniers retranchements, à camper des semaines durant dans la rue, à faire peser des menaces d’annulation, et à les mettre à exécution dans différents festivals dont celui d’Avignon, à faire lever des millions de français pour descendre manifester contre le CPE… Et encore, si ce n’était que cela ; mais nous allions oublier le plus grave, avec l’exercice du ministre d’État Mr Sarkozy, qui par ses provocations récurrentes mettait quasiment à feu et à sang les banlieues françaises, et contribuait à faire parer dans le monde entier de notre pays comme on avait parlé des émeutes de Los Angeles etc.

Le problème que semble continuer à ignorer Mr Glucksmann, c’est que son petit air de chantre de la liberté et de la démocratie, personne sauf se s conseillers, ou les aveugles n’en est dupe. Il a beau dire ce qu’il veut sur la dictature, pour une très large majorité de français, rien ne garantit que sa parole ne soit pas un mensonge. Compte tenu de tout son passé, de ses positionnements répétés, de la manière dont cet ambitieux a construit sa stature politique, des trahisons répétées qu’il a commises, des politicards truands qu’il a adoubé (Carignon, Balkany, Schuller…), rien ne garantit disions nous qu’il ne se rende complice – et pour cause – de sa propre dictature.
Il est urgent de dénoncer cette politique d’autruche qu’ont fini par adopter ces quelques ex-penseurs amers de la gauche, qui aujourd’hui n’en font plus partie (et c’est tant mieux), parce qu’ils n’ont pas réussi à y occuper la place qu’ils convoitaient, parce qu’ils l’ont trahie et qu’elle n’en a pas été dupe. Cette politique consiste à dénier que plus de la moitié des français ont percé à jour le pseudo-démocratisme Sarkozien, et hormis dans les sondages, dont chacun sait aujourd’hui le caractère autant volatil que manipulé, monsieur Sarkozy n’est pas populaire (populiste à coup sûr sûr).

Du même coup, une large majorité de français devrait logiquement s’apprêter à le rejeter, devinant qu’aussitôt élu, il bafouerait les règles fondamentales de la démocratie, qu’il instaurerait son régime inquisiteur comme il a bétonné son empire UMpien, et tenté d’imposer déjà l’état policier en France depuis 2002. Après tout, cette position est connue, et rien ne sert de la répéter. Moins connu en revanche le fait que Mr Glucksmann l’ignore (ou fasse mine de…), et notamment pour ne pas voir quelle utilisation mensongère et quel “CULOT” a monsieur Sarkozy quand il brandit des arguments selon lesquels il serait aujourd’hui le meilleur représentant du monde du travail et des injustices sociales. Combien y a-t-il de logements sociaux à Neuilly? Combien de smicards à l’UMP, comparativement aux patrons, y compris à ceux des grandes d’entreprises cotées au CAC 40?

Mr Glucksmann, que vous a-t-on promis et fait miroiter pour que vous puissiez vous égarer à ce point, et déclariez “je choisis Nicolas Sarkozy”. Chez ces gens là Mr, on ne choisit pas, on sert! Revenez sur votre déclaration et redevenez l’homme libre que vous étiez et que nous aimions.

Les apologues de Ségolène Royal.

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